L'Afrique touchée par le recrutement en ligne

A quelques semaines d'intervalle, deux sites de recrutement en ligne consacrés à l'Afrique viennent de voir le jour. Destinés en priorité aux cadres africains vivant en Afrique ou à l'étranger mais aussi à des non-Africains désireux de travailler en Afrique, Afriqueemploi et Jobafrique offrent toutes les fonctionnalités habituelles des sites de recrutement : dépôt de CV, possibilité d'enregistrer des critères de recherche d'emploi pour recevoir par e-mail des offres ciblées, création d'un compte personnalisé permettant de gérer sa recherche d'emploi ou sa carrière.

L'originalité du projet provient surtout de l'objectif affiché : atténuer le phénomène de fuite de cerveaux observés en Afrique. Pour Jean Augustin Libog, fondateur d'Afriqueemploi, « la reprise économique observée en Europe n'a pas encore touché le continent africain et beaucoup de cadres africains souvent formés à l'étranger partent d'Afrique faute de possibilité sur place mais aussi faute d'informations ». Ingénieur informaticien d'origine camerounaise vivant en France, il a fondé, avec deux autres cadres africains dont sa soeur, ce site « pour permettre aux cadres du monde entier de mettre leurs compétences au service du continent africain ». La plupart des 200 offres mises en ligne sont à pourvoir dans les pays du Magreb et de l'Afrique francophone (Côte d'Ivoire et Sénégal, notamment). Elles proviennent surtout de grandes entreprises occidentales ou d'ONG et la quasitotalité des secteurs sont représentés. D'ici à la fin de l'année, Jean Augustin Libog espère toucher la cible anglophone avec une version en anglais de son site.

C'est justement de l'autre côté de l'Atlantique que Jobafrique a vu le jour. Établi à San Diego en Californie, Daniel Ahouassa, 24 ans, ivoirien, titulaire d'un Master en e-commerce, a lui aussi avec cinq autres étudiants africains décidé de créer une start-up. Baptisée Weblogy Corporation, l'activité principale de cette jeune pousse a été la création de sites comme abidjan.net , un portail consacré à la Côte d'Ivoire, mais aussi des sites institutionnels pour de grandes entreprises africaines. C'est cette activité qui lui a permis de lancer Jobafrique. Pour amorcer la pompe, le site est pour l'instant entièrement gratuit, pour les candidats mais aussi pour les entreprises. « Nous avons actuellement à peu près 300 offres qui nous sont arrivées spontanément mais aussi grâce à des partenariats tissés avec des portails africains et des journaux locaux », explique Daniel Ahoussa, directeur général de Weblogy Corporation.

Même si le nombre d'internautes est encore limité en Afrique (autour de 2 millions de personnes connectés), la potentialité du marché africain commence à attiser les ap pétits des sites de recrutement. D'autant que ce chiffre ne reflète pas, selon Jean Augustin Libog d'Afriqueemploi, la réalité. « Il y a en fait beaucoup plus de connectés occasionnels, par exemple toute la clientèle des cybercafés mais aussi les cadres en recherche d'emploi qui se connectent via leur entreprise. » Le géant du recrutement en ligne Monster, lui-même, va ouvrir en janvier 2001 une filiale en Afrique du Sud. Plus modestement, Job afrique compte avoir une présence en Afrique l'année prochaine. « Nous sommes en phase de levée de fonds pour développer une filiale dans le Maghreb », précise Daniel Ahouassa. Un premier pas avant, espère-t-il, de pouvoir s'implanter dans son pays d'origine.

Texte rédigé par: Catherine Rollot
Le Monde, du 12 s eptembre 2000
http://www.jobafrique.com/infos/presse/lemonde.asp

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